Matières premières

Édition mise à jour : · Analyse du 6 octobre

Pétrole, or, cacao, coton, gaz : ces marchés mondiaux ne produisent jamais un effet unique sur l'Afrique de l'Ouest — un même mouvement de prix peut simultanément soutenir un pays exportateur et pénaliser un pays importateur.

Cours en direct

Pétrole sous 100 dollars : un répit encore incomplet pour les importateurs

Le Brent et le WTI reculent avec la remontée des flux du Golfe et la libération annoncée de stocks d’urgence du G7. Le bénéfice pour les consommateurs dépendra aussi du raffinage, du fret, de l’assurance et des mécanismes nationaux de fixation des prix.

Lingots d’or
Lingots d’or — photographie d’archive, Wikimedia Commons.

À 10 h 13 GMT, le Brent recule de 1,7 % à 98,62 dollars le baril et le West Texas Intermediate de 2,1 % à 87,60 dollars. La hausse des exportations du Moyen-Orient et l’annonce d’une mise à disposition de 100 millions de barils de brut et de diesel par le G7 réduisent la prime liée au risque d’approvisionnement. Les tensions sécuritaires persistent toutefois, ce qui limite la visibilité sur la durée de cette détente.

Pour le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Bénin et le Togo, importateurs nets de carburants ou de produits raffinés, un brut moins cher peut réduire la facture extérieure. La transmission dépend des dates d’achat des cargaisons, des prix des produits raffinés et du coût du transport maritime. Pour le Nigeria, le Ghana et la Côte d’Ivoire, la baisse réduit la valeur potentielle des exportations tout en pouvant diminuer le coût de certains approvisionnements domestiques.

Matière premièreCours / variationPays particulièrement exposésIncidence régionale
Brent — contrat à terme de première échéance98,62 $/baril · ▼ −1,70 %
6 oct., 10 h 13 GMT
Sénégal, Mali, Burkina Faso, Bénin, Togo ; Nigeria, Ghana, Côte d’IvoireLa baisse allège le coût théorique des prochaines cargaisons importées et peut réduire la pression sur les subventions. Elle comprime en parallèle les recettes d’exportation si elle dure. Fret, raffinage, change et fiscalité déterminent la transmission aux prix de détail.
WTI — contrat à terme de première échéance87,60 $/baril · ▼ −2,10 %
6 oct., 10 h 13 GMT
Nigeria, Ghana, Côte d’Ivoire ; importateurs régionauxLe recul confirme une détente du marché pétrolier américain. Il agit surtout comme repère international pour les anticipations et les contrats.
Or au comptant4 152,04 $/once · ▲ +0,30 %
6 oct., 9 h 09 GMT
Ghana, Mali, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, SénégalUn cours élevé soutient la valeur des exportations et l’intérêt pour les projets miniers. Les bénéfices publics dépendent cependant des volumes, des coûts, de la fiscalité et du rapatriement des recettes ; les communautés minières ne profitent pas automatiquement de chaque hausse.
Or — échéance décembre 20264 180,00 $/once · ▲ +0,56 %
6 oct., 9 h 09 GMT
Ghana, Mali, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, SénégalLa prime du contrat à terme reflète les anticipations et le coût du portage. Elle peut améliorer les perspectives de revenus des producteurs couverts, mais accroît aussi la valeur des stocks et les besoins de financement du négoce.

La combinaison d’un pétrole en repli et d’un or ferme crée des effets opposés selon les pays. Les importateurs de carburants gagnent un peu d’espace sur leur facture, tandis que les producteurs d’or bénéficient d’un prix élevé. Dans les deux cas, les ménages ne ressentiront l’amélioration que si elle se transmet aux prix, aux emplois, aux recettes publiques et aux services essentiels.

Sources : Reuters, pétrole à 10 h 13 GMT le 6 octobre ; Reuters, or à 9 h 09 GMT le 6 octobre. Incidences régionales : analyse ECONOZONE.

Repères antérieurs — relevés du 29 septembre

Les cours ci-dessous sont des références historiques datées. Ils portent des heures et dates différentes. « Référence » signifie qu’aucune variation homogène n’est disponible pour le produit concerné.

Matière premièreCours / variationPays particulièrement exposésIncidence régionale
Brent103,32 $/baril · 🔴 −1,86 % (29 sept., 13 h 06 GMT)Nigeria, Ghana, Sénégal ; importateurs UEMOALe repli peut réduire les recettes d’exportation et les rentrées fiscales des producteurs si les volumes vendus restent inchangés. Pour les importateurs de l’UEMOA, il peut alléger la facture énergétique ; le bénéfice pour les transporteurs et les ménages dépend toutefois du renouvellement des stocks, des taxes et des décisions sur les prix à la pompe.
WTI90,65 $/baril · 🔴 −2,11 % (29 sept., 13 h 06 GMT)Nigeria ; importateurs régionauxLa baisse du WTI signale une détente sur le marché américain, mais ne se transmet pas intégralement aux carburants ouest-africains. Le coût régional dépend aussi des produits raffinés, du fret et du change. Au Nigeria, un brut moins cher peut réduire les revenus d’exportation sans faire baisser dans les mêmes proportions les dépenses des automobilistes.
Or au comptant4 158,28 $/once · 🟢 +1,10 % (29 sept., 11 h 36 GMT)Ghana, Mali, Burkina Faso, Côte d’IvoireÀ volumes vendus constants, un or plus cher augmente la valeur des exportations et peut renforcer les recettes fiscales. Au Mali et au Burkina Faso, ce soutien peut être atténué par le carburant importé et les coûts d’exploitation. Les retombées pour les ménages passent surtout par les emplois, les achats locaux et l’utilisation des recettes publiques.
Cacao5 589 $/tonne · 🔴 −0,53 % (28 sept.)Côte d’Ivoire, GhanaSi elle se prolonge et se répercute sur les contrats de vente, la baisse peut réduire les recettes d’exportation ivoiriennes et ghanéennes. Le prix payé aux planteurs dépend cependant des mécanismes nationaux et des ventes déjà conclues. Les effets se diffusent ensuite au commerce rural, au financement de la campagne et aux revenus des familles agricoles.
Coton, hévéa, cajou, gaz, bauxite, fer, uraniumRéférence — cours comparable non vérifié à cette éditionBénin, Mali, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Nigeria, Guinée, Liberia, NigerSans cours comparable vérifié, aucun gain ni perte du jour ne peut être établi. Pour le coton, l’hévéa et la cajou, la transmission dépend des prix d’achat et des marges de transformation ; pour les minerais et le gaz, des contrats et des volumes exportés. Dans les deux cas, devises et recettes publiques dépendent des ventes effectivement réalisées.

Ce que les prix changent, pays par pays

Les effets d’un mouvement de marché varient selon les pays. Il faut regarder ce que chaque pays exporte, ce qu'il importe et, surtout, la part de ces filières dans les recettes publiques, les devises et le coût de la vie.

Côte d'Ivoire

Cacao : exposition forteOr : soutienPétrole : facture importée

Le cacao reste le principal point de sensibilité : une baisse durable finit par peser sur les revenus des planteurs, les recettes d'exportation et l'activité des zones de production. L'or et l'hévéa apportent une diversification réelle, sans effacer ce risque. Sur le pétrole, le pays produit et raffine, mais importe aussi du brut et des produits énergétiques : un baril cher peut donc améliorer certains revenus du secteur tout en renchérissant transport, logistique et importations. Le solde dépend davantage de la durée du choc que d'une seule séance de marché.

Ghana

Or : moteur de devisesCacao : pression ruralePétrole : soutien partiel

L'or donne au Ghana un coussin que la Côte d'Ivoire possède moins : les exportations aurifères ont représenté plus de 20 milliards de dollars en 2025 selon les données commerciales de la Banque mondiale. Une hausse de l'or soutient donc directement les entrées de devises. À l'inverse, un cacao faible touche les revenus agricoles et l'équilibre de la filière. Le pétrole complète ce profil, mais son effet positif peut être réduit par les besoins d'importation de carburants et par les coûts domestiques de l'énergie.

Nigeria

Pétrole / gaz : recettes extérieuresCarburants : transmission intérieure

Le Nigeria reste le pays où le baril se transmet le plus vite aux comptes extérieurs et aux finances publiques. L’effet d’un pétrole plus cher sur les recettes d’exportation dépend des volumes produits, des coûts, du change et de la fiscalité. Le FMI montre d'ailleurs que les recettes non pétrolières ont pris davantage de poids dans les finances publiques ; parler d'une économie qui suit « mécaniquement » le Brent serait désormais trop simplificateur.

Mali & Burkina Faso

Or : principal amortisseurCoton : revenu ruralÉnergie : coût importé

La hausse de l'or est favorable aux recettes d'exportation et peut soutenir les recettes fiscales, mais le bénéfice dépend des volumes produits, des régimes fiscaux et du rapatriement des recettes. Le coton joue sur un autre canal : il touche beaucoup plus directement les revenus ruraux. Ces économies restent par ailleurs importatrices d'hydrocarbures ; un pétrole cher peut donc reprendre, via le transport et les intrants, une partie du gain procuré par l'or.

Guinée

Bauxite : rente d'exportationChine : concentration de la demande

La bauxite domine la lecture. Quand la demande chinoise d'aluminium ralentit, le risque ne porte pas seulement sur le prix : il concerne aussi les volumes expédiés, les recettes minières, le fret et l'investissement. À l'inverse, une demande soutenue peut renforcer les devises et les recettes publiques. Le minerai de fer devient un second levier avec la montée en puissance de Simandou, ce qui devrait progressivement réduire la dépendance à une seule matière première sans supprimer l'exposition au cycle industriel chinois.

Niger

Uranium : valeur stratégiqueAccès au marché : contrainte majeure

Pour l'uranium, le prix spot ne raconte qu'une partie de l'histoire. Les contrats de long terme, les conditions d'exportation, la sécurité des corridors et les relations avec les acheteurs étrangers peuvent compter davantage que la cotation quotidienne. Le potentiel de revenu reste important, mais sa conversion en devises et en recettes budgétaires dépend d'abord de la capacité à produire et à exporter régulièrement.

À retenir : la hausse d'une matière première n'est positive que si le pays en vend suffisamment, parvient à l'exporter et capte une part du revenu. À l'inverse, une baisse peut profiter aux ménages et aux entreprises lorsqu'elle réduit une facture d'importation. C'est cette balance — exportations, importations, fiscalité et coût de la vie — qui détermine le véritable gagnant.

Repères structurels : Banque mondiale / WITS pour les échanges de la Côte d'Ivoire et du Ghana ; FMI, Article IV 2026 pour la structure des recettes publiques du Nigeria.